Le projet de loi n° 032.26 modifiant la loi 65-99 a été approuvé en Conseil de gouvernement. Pour la première fois depuis 2004, le Code du travail marocain est rouvert sur des sujets que la pratique avait déjà tranchés sans lui : le télétravail, les CDD, et le statut des travailleurs de plateformes.

Au sommaire

  1. Pourquoi cette réforme arrive maintenant
  2. Les six chantiers du projet 032.26
  3. Le télétravail : sortir de vingt ans de vide juridique
  4. CDD, plateformes, sanctions : ce qui va coûter cher
  5. Ce qu’un employeur devrait préparer dès maintenant

Pourquoi cette réforme arrive maintenant

Le Code du travail marocain date de 2004. Il a été écrit pour une économie où le salarié se rendait sur un site, où le CDI était la norme et où la notion de « travailleur de plateforme » n’existait pas. Vingt ans plus tard, l’écart entre le texte et la réalité des entreprises est devenu difficile à tenir.

La réforme s’inscrit dans le prolongement de la convention collective du 29 avril 2024 et des conclusions du dialogue social central de la session d’avril 2026. Autrement dit : ce n’est pas une initiative isolée du législateur, c’est l’aboutissement d’un cycle de négociation tripartite. Cela change la lecture qu’un employeur doit en faire — les arbitrages ont déjà été discutés avec les partenaires sociaux.

À noter. Un projet de loi approuvé en Conseil de gouvernement n’est pas une loi applicable. Le texte doit encore suivre son parcours parlementaire, et les décrets d’application conditionneront la plupart des effets pratiques. Les entreprises ont donc une fenêtre pour se préparer — pas pour attendre.

Les six chantiers du projet 032.26

Télétravail (cadre inexistant aujourd’hui)NouveauRecours au CDD assoupliRéviséTravailleurs des plateformesNouveauSanctions SMIG / travail non déclaréRenforcéConventions collectives (incitations)RenforcéProcédures travailleurs étrangersSimplifié
Les axes du projet de loi 032.26 modifiant la loi 65-99, tels qu’annoncés à l’approbation en Conseil de gouvernement.

Le télétravail : sortir de vingt ans de vide juridique

C’est le point le plus structurant. Aujourd’hui, le télétravail au Maroc s’organise par accord de gré à gré, avenant maison ou simple usage toléré. En cas de litige — accident pendant les heures de travail à domicile, prise en charge des équipements, droit à la déconnexion, contrôle du temps de travail — le juge n’a pas de cadre spécifique à appliquer.

Pour les directions RH, l’enjeu n’est pas idéologique. Il est documentaire. Une entreprise qui pratique le télétravail depuis 2020 sans base contractuelle solide devra, à l’entrée en vigueur du nouveau cadre, régulariser un stock d’accords informels. Cela se prépare : inventaire des pratiques réelles par service, identification des écarts, puis mise en conformité progressive.

C’est typiquement un chantier de diagnostic organisationnel avant d’être un chantier juridique : il faut d’abord savoir ce qui se pratique réellement dans l’organisation.

CDD, plateformes, sanctions : ce qui va coûter cher

Contrats à durée déterminée

L’assouplissement des cas de recours au CDD est présenté comme une mesure de flexibilité. Elle est à double tranchant : plus les cas d’ouverture sont larges et précis, plus l’usage hors cadre devient sanctionnable. Les entreprises qui utilisent le CDD comme période d’essai déguisée ou comme variable d’ajustement permanente sont celles qui ont le plus à revoir.

Travailleurs des plateformes

Donner un statut juridique aux travailleurs des plateformes, c’est trancher une question de qualification que beaucoup d’acteurs préféraient laisser ouverte. Toute entreprise qui recourt à des prestataires « indépendants » de façon exclusive, encadrée et durable devrait réexaminer ses schémas contractuels avant que le texte ne le fasse pour elle.

Sanctions

La hausse des pénalités pour non-respect du SMIG et pour travail non déclaré répond à une logique simple : rendre la fraude plus coûteuse que la conformité. Concrètement, cela déplace le calcul économique de la non-conformité. Une PME qui « arrondissait » ses déclarations doit intégrer que l’arbitrage financier change de sens.

À retenir

  • Le projet 032.26 rouvre le Code du travail sur six chantiers, dont trois sont de véritables créations (télétravail, plateformes, sanctions renforcées).
  • Le télétravail passe d’un usage toléré à un objet de droit : les accords informels devront être régularisés.
  • L’assouplissement du CDD élargit les cas d’ouverture mais durcit l’usage hors cadre.
  • Le texte n’est pas encore applicable — la fenêtre de préparation est ouverte maintenant.

Ce qu’un employeur devrait préparer dès maintenant

  1. Cartographier les pratiques réelles. Combien de collaborateurs télétravaillent effectivement, sur quelle base contractuelle, avec quels équipements pris en charge ?
  2. Auditer le stock de CDD. Motif de recours, durée cumulée, renouvellements : identifier les contrats qui ne résisteraient pas à un contrôle.
  3. Réexaminer les prestations « indépendantes ». Exclusivité, subordination de fait, durée : les trois critères qui font basculer une qualification.
  4. Vérifier la conformité paie. SMIG, déclarations CNSS, heures supplémentaires — avant que les pénalités ne changent d’échelle.
  5. Former l’encadrement. Les managers de proximité appliquent le droit social au quotidien sans l’avoir appris. C’est là que naissent la plupart des irrégularités.

Sur ce dernier point, un dispositif d’ingénierie de formation ciblé sur l’encadrement produit généralement plus d’effet qu’une note de service.

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