Le taux de chômage strict s’établit à 10,8 % au premier trimestre 2026. Mais l’indicateur que le HCP met désormais en avant — 22,5 % de sous-utilisation de la main-d’œuvre — raconte une autre histoire, et c’est celle qui concerne les employeurs.
- Pourquoi le HCP a changé sa mesure
- Ce que révèle la ventilation par âge, sexe et milieu
- La pénurie silencieuse : les cadres dirigeants
- Trois réponses qui fonctionnent
- Ce qu’il faut arrêter de faire
Pourquoi le HCP a changé sa mesure
Avec la nouvelle enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026), le HCP a resserré la définition du chômage : est considérée comme chômeuse la personne sans emploi, disponible pour travailler et à la recherche active d’un emploi. Résultat : un taux strict de 10,8 %.
Mais le HCP publie en parallèle un taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre de 22,5 %. C’est cet écart qui compte pour un recruteur. Il désigne les personnes en sous-emploi, découragées ou disponibles sans recherche active — c’est-à-dire un réservoir de main-d’œuvre qui n’apparaît pas dans le chiffre du chômage mais qui existe sur le marché.
Ce que cela change concrètement. Un employeur qui lit « 10,8 % de chômage » conclut que le marché est tendu. Un employeur qui lit « 22,5 % de sous-utilisation » comprend qu’il existe un vivier considérable, mais qu’il ne se présentera pas spontanément à ses annonces. La conséquence est méthodologique : il faut aller chercher, pas attendre.
Ce que révèle la ventilation
Trois écarts sautent aux yeux. Les 15-24 ans à 29,2 % : près d’un jeune actif sur trois. Les femmes à 16,1 % contre 9,4 % pour les hommes — un écart de près de sept points qui, pour un employeur, signale un vivier sous-exploité davantage qu’un problème d’offre. Et l’urbain à 13,5 % contre 6,1 % en rural, qui reflète moins l’abondance d’emplois à la campagne que la nature du travail agricole et informel.
Pour une direction RH à Casablanca, la lecture utile est celle-ci : le bassin urbain concentre à la fois la pression sur l’emploi et le décalage de compétences. C’est là que la marque employeur fait la différence, parce que les candidats qualifiés y ont le choix.
La pénurie silencieuse : les cadres dirigeants
Il existe un décalage rarement chiffré : le Maroc ne manque pas de diplômés, il manque de dirigeants capables de convertir des projets industriels et des réformes de gouvernance en exécution durable. Ce n’est pas un problème de volume mais de profondeur de banc.
La cause est structurelle. Une génération de cadres a été promue sur la performance technique sans passer par un dispositif de développement du leadership. Ils tiennent des postes de direction avec les réflexes d’un excellent expert — ce qui fonctionne jusqu’au moment où il faut arbitrer entre deux directions qui ont toutes les deux raison.
Les deux leviers qui traitent réellement ce sujet sont le coaching de dirigeants et les plans de succession. Le premier travaille la posture ; le second organise la relève avant qu’elle ne soit urgente.
À retenir
- Chômage strict : 10,8 % (T1 2026). Sous-utilisation composite : 22,5 % — c’est le second chiffre qui décrit votre marché.
- Jeunes 15-24 ans : 29,2 %. Femmes : 16,1 % contre 9,4 % pour les hommes.
- Le vivier existe mais ne se présente pas spontanément : il faut sourcer activement.
- La pénurie de dirigeants est un problème de profondeur de banc, pas de volume de diplômés.
- Les réponses : sourcing actif, marque employeur, coaching et plans de succession.
Trois réponses qui fonctionnent
- Sourcer au lieu de publier. Si 22,5 % de la main-d’œuvre est sous-utilisée mais pas en recherche active, une annonce ne l’atteint pas. L’approche directe devient la norme, pas l’exception réservée aux postes de direction.
- Recruter sur le potentiel, former sur l’écart. Face à un décalage de compétences généralisé, attendre le profil parfait revient à ne pas recruter. Évaluer le potentiel puis financer la montée en compétences — notamment via les dispositifs GIAC et OFPPT — est plus rapide et moins coûteux.
- Construire la relève avant d’en avoir besoin. Un plan de succession se prépare deux ans avant le départ, pas deux mois après l’annonce.
Ce qu’il faut arrêter de faire
Deux réflexes coûtent cher. Allonger la liste des exigences quand le recrutement traîne : cela réduit encore le vivier sans améliorer la qualité des candidats. Et traiter la rétention comme un sujet de rémunération : sur un marché où les candidats qualifiés ont le choix, ils partent pour un management et une perspective, et la contre-offre salariale ne retient qu’un temps.
Sécuriser vos postes clés
Approche directe, évaluation du potentiel, plans de succession : nous intervenons là où l’erreur de casting coûte le plus cher.



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